L’accord de plaider coupable passé entre le fondateur de WikiLeaks Julian Assange et la justice américaine met fin à une longue saga judiciaire ayant soulevé de nombreuses questions de sécurité nationale, de liberté de la presse ou de diplomatie. Retour sur cette affaire en quelques dates.
Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a retrouvé la liberté après des années d’une longue saga judiciaire.
Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a retrouvé la liberté après des années d’une longue saga judiciaire.
♦ 2006 : création de WikiLeaks
Julian Assange et John Young fondent WikiLeaks, une plateforme numérique qui se définit comme une boîte aux lettres anonyme et sécurisée permettant à d’éventuels lanceurs d’alerte de transmettre des documents classifiés. WikiLeaks a pour objectif de publier en ligne ces fuites d’informations confidentielles (« leaks »), avec pour principe moteur la transparence maximale.
♦ 2010 : WikiLeaks fait ses premières révélations fracassantes
Wikileaks se fait connaître du grand public avec la diffusion d’une vidéo classifiée datant de 2007, où l’on voit un hélicoptère américain menant une attaque sur des civils à Bagdad, faisant 18 morts dont deux photographes de l’agence de presse Reuters. Cette révélation fait grand bruit.
En collaboration avec de grands médias internationaux, WikiLeaks met en ligne des centaines de milliers de documents militaires secrets sur les agissements de l’armée américaine durant les guerres en Afghanistan et en Irak. Le site révèle également des milliers de notes, télégrammes et câbles diplomatiques, provoquant la colère du Pentagone.
L’analyste de l’armée américaine Chelsea Manning (connu à l’époque sous le nom de Bradley Manning) est identifié comme étant la principale source de la fuite des documents américains. Elle est arrêtée et placée en détention. Le ministère américain de la Justice ouvre une enquête sur WikiLeaks.
La justice suédoise émet un mandat d’arrêt européen contre Julian Assange dans le cadre d’une enquête pour agression sexuelle. Il est arrêté à Londres et libéré sous caution peu de temps après. Assange, qui clame son innocence, reste en liberté surveillée.
♦ 2011 : les fichiers du camp de Guantanamo
WikiLeaks publie des centaines de dossiers de détenus Guantanamo, mettant en lumière leurs conditions de détention, des rapports médicaux ou encore le contenu d’interrogatoires.
♦ 2012 : Assange se réfugie dans l’ambassade d’Équateur à Londres
La Cour suprême du Royaume-Uni rejette l’ultime demande de Julian Assange à ne pas être extradé vers la Suède. Le 19 juin 2012, l’Australien se réfugie à l’ambassade d’Équateur à Londres et obtient l’asile politique. Il demande aux États-Unis de cesser leur « chasse aux sorcières ». Il vivra pendant sept ans dans un espace confiné.
Julian Assange s’exprime depuis l’ambassade d’Équateur à Londres en 2012
Julian Assange s’exprime depuis l’ambassade d’Équateur à Londres en 2012. Reuters
Dans le même temps, WikiLeaks reprend la publication d’informations sensibles, notamment des millions d’e-mails de figures politiques et économiques syriennes mettant en lumière certains liens entre des entreprises occidentales et le régime de Damas. Le site publie aussi des données sur les politiques de détention des États-Unis.
♦ *2013 : la lanceuse d’alerte Chelsea Manning est condamnée*
Une cour martiale de Maryland reconnaît Manning, à l’origine des fuites de documents classifiés, coupable de 20 des 22 chefs d’accusation et coupable de violation de la loi sur l’espionnage. Elle déclare, par contre, Manning « non coupable » de collusion avec l’ennemi. La lanceuse d’alerte est condamnée à 35 ans de réclusion, la peine la plus longue de l’histoire américaine dans une affaire liée à une fuite.
WikiLeaks publie les « Kissinger cables », soit 1,3 million de câbles diplomatiques et des centaines de milliers de documents, notes et correspondances liés à l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger.
♦ 2015 : l’affaire des écoutes de l’Élysée par la NSA
WikiLeaks révèle que la NSA (agence de renseignement du ministère de la Défense américain) a mis sur écoute trois présidents français, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, provoquant un tollé dans la classe politique française. En collaboration avec Mediapart et Libération, le site diffuse également des documents sur l’espionnage d’entreprises du CAC40 par cette même NSA.
♦ 2016 : la fuite des courriels piratés du parti démocrate
En pleine campagne présidentielle entre Hillary Clinton et Donald Trump, WikiLeaks publie des milliers de courriels du parti démocrate et du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, piratés par une agence de renseignement russe. Cela déclenche une importante controverse autour du fait qu’Hillary Clinton a utilisé une adresse électronique personnelle durant son mandat de secrétaire d’État au lieu de la messagerie officielle et sécurisée de l’administration qui était mise à sa disposition. L’implication de hackers russes dans ces révélations pousse les autorités américaines à soupçonner le Kremlin d’ingérence dans la campagne électorale, ce que Moscou dément.
Un comité des Nations unies estime que Julian Assange est « détenu arbitrairement » par le Royaume-Uni et la Suède, appelant à sa libération.
♦ 2017 : la justice suédoise abandonne l’enquête
La justice suédoise annonce que les enquêtes sur les agressions sexuelles visant Julian Assange sont abandonnées. Toujours réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres, le fondateur de WikiLeaks obtient la nationale équatorienne sous la présidence de Rafael Correa.
En décembre, le ministère américain de la Justice inculpe Julian Assange dans le cadre d’une plainte pénale sous scellé en relation avec les fuites de Chelsea Manning, jetant les bases pour demander rapidement son arrestation et son extradition.
Peu avant de quitter ses fonctions, le président Obama commue la majeure partie du reste de la peine de Manning, rendant possible sa libération anticipée.
♦ 2019 : Julian Assange est arrêté par la police britannique
Le président équatorien Lenín Moreno déchoit Julian Assange de la nationalité équatorienne et met fin à son droit d’asile. Le jour même, le fondateur de WikiLeaks est arrêté dans l’enceinte de l’ambassade par la police londonienne. Le 1er mai, il est condamné par la justice britannique à cinquante semaines de prison pour violation des conditions de sa liberté provisoire en 2012. Il est incarcéré à la prison de Belmarsh.
Les États-Unis, qui demandent immédiatement son extradition, révèlent qu’il est visé par 18 chefs d’inculpation, dont celui de « piratage informatique » et d’« espionnage ». Pour ces faits, il risque 175 ans de prison.
Après avoir rouvert l’enquête contre Assange en mai, la justice suédoise clôt définitivement cette affaire en novembre, estimant que « les preuves se sont considérablement affaiblies en raison de la longue période de temps qui s’est écoulée ».
♦ 2021 : Washington continue de faire pression pour extrader Assange
Dans un premier jugement, un juge britannique refuse la demande d’extradition de Assange vers les États-Unis, en raison de l’impact que pourrait avoir une incarcération dans une prison américaine sur sa santé mentale. Le ministère américain de la Justice fait appel. L’administration Biden assure au Royaume-Uni que Assange ne serait pas détenu dans les conditions les plus austères réservées aux prisonniers de haute sécurité et que, s’il était reconnu coupable, il pourrait purger sa peine dans son Australie natale. En décembre, la cour d’appel annule la décision d’interdire son extradition. Puis la justice britannique se prononce en faveur de son extradition en juin 2022, mais l’affaire reste bloquée en appel.
♦ 2024 : Julian Assange est libéré après un accord de « plaider coupable »
Deux juges britanniques accordent à Julian Assange le droit de faire appel de son extradition. Cet appel devait notamment porter sur la question de savoir s’il bénéficierait de la protection de la liberté d’expression en tant qu’étranger dans le système juridique américain. La justice britannique devait examiner ce recours les 9 et 10 juillet.
Mais en juin 2024, il conclut un accord de plaider coupable avec la justice américaine, ce qui permet sa libération. Il doit comparaître devant un tribunal fédéral des îles Mariannes le 26 juin pour « complot pour obtenir et divulguer des informations relevant de la défense nationale ». Il devrait plaider coupable de ce seul chef, selon des documents judiciaires rendus publics. Julian Assange devrait être condamné à 62 mois de prison, soit exactement la durée passée dans l’une des prisons les plus sécurisées du Royaume-Uni, ce qui lui permettrait de regagner libre son Australie natale.
Source : RFI
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