Les doutes demeurent sur l’impact de l’incursion ukrainienne le 6 août en territoire russe. D’un côté, les forces ukrainiennes avancent dans la région de Koursk sans grande difficulté et de l’autre côté, les soldats russes, eux, continuent à grignoter du terrain dans le Donbass. Quelles stratégies pour Kiev et Moscou et quelle suite donner à ce conflit ? L’analyse du général Olivier Kempf, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et directeur du cabinet La Vigie, auteur de Guerre d’Ukraine, éditions Economica.
RFI : La Russie avance dans l’est de l’Ukraine, est-ce parce que les forces militaires ukrainiennes sont trop éparpillées ? Parce qu’elles sont en Russie ?
Olivier Kempf : C’est une excellente question. C’est en tout cas celle que nous nous posons tous, nous, les analystes, depuis une quinzaine de jours. Ça fait maintenant quelques mois, probablement, que les Ukrainiens sont en train de céder sur l’ensemble du Donbass. Alors c’est du grignotage : au début, c’était un kilomètre carré par jour, puis c’est passé à deux, puis à trois, cinq, dix et là, on est à dix ou quinze kilomètres carrés par jour du côté russe.
Et donc on voit que les Ukrainiens, qui avaient cédé au mois de février le faubourg d’Avdiivka, qui était une importante position très fortifiée qu’ils tenaient depuis 2014, ont cédé au fur et à mesure toutes les lignes successives qui étaient derrière. On voit qu’il y a un effritement dans cette région et que les Russes avancent, lentement, certes, mais de plus en plus vite et surtout — et c’est ça qui est très inquiétant pour les Ukrainiens —, ils abordent une ville qui s’appelle Pokrovsk, qui est finalement le nœud logistique qui dessert toutes les positions ukrainiennes dans le Donbass. Et ça, c’est très très inquiétant stratégiquement pour Kiev.
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