CPT et le Premier ministre
Au CPT et au gouvernement !
Le Nouvelliste
Mesdames, messieurs,
Il est inacceptable qu’avec tout le budget alloué à l’intelligence et à la sécurité, vous permettez à l’organisation criminelle Viv nan san e nan sand de continuer à tuer, brûler, voler, dépouiller, chasser et pourchasser la population en toute impunité, de continuer à se renforcer par la conquête entre autres de nouveaux territoires.
Mesdames, messieurs,

Il est inacceptable qu’avec tout le budget alloué à l’intelligence et à la sécurité, vous permettez à l’organisation criminelle Viv nan san e nan sand de continuer à tuer, brûler, voler, dépouiller, chasser et pourchasser la population en toute impunité, de continuer à se renforcer par la conquête entre autres de nouveaux territoires. D’autant plus que cette situation est vieille de plusieurs années et que votre arrivée au pouvoir était censée être pour résoudre essentiellement ce problème.
Vous devez savoir pourquoi Viv an san e nan sand fait ce qu’elle fait. Vous devez savoir qu’elle fait un travail de mercenaires et vous devez connaître ses patrons et ses complices. Si vous ne le savez pas, vous êtes fautifs de ne pas savoir. Si vous le savez et ne défendez pas la population, vous êtes coupables par omission ou vous êtes aussi complices et criminels. Et vous devrez être considérés comme tels.
Vous avez 2 choix : soit vous vous comportez en hommes et femmes d’état et faites le travail pour lequel vous êtes grassement payés, soit vous vous retirez. Le pouvoir ne doit pas être seulement un espace de jouissances et de privilèges. C’est aussi un espace de sacrifices et de responsabilités.
En qualité d’Haïtien, je fais ma part. Je n’ai pas appartenu et je n’appartiens à aucune association de malfaiteurs. Cela fait 40 ans que je me forme et que j’investis mes connaissances, mon avoir, mon énergie et ma bonne foi en Haïti, que je participe à des activités citoyennes, 36 ans depuis que je travaille et que je contribue à l’assiette fiscale, 30 ans depuis que j’enseigne à l’université et ainsi contribué à la formation d’environ 5,000 personnes. Cela fait des années que je supporte des amis, des connaissances et des personnes que je ne connais pas en besoin d’assistance. Pendant que dans le même temps, le budget de l’intelligence, de la Caisse d’Assistance Sociale, de l’ONA et de diverses entités publiques est gaspillé et volé impunément. Ma mère aussi a été instructrice pendant 25 ans et a été impliquée dans de nombreuses actions sociales. Au titre de nos contributions, je ne viens pas vous demander une faveur. Je viens plutôt vous réclamer juste de faire ce que vous avez à faire, ce que vous êtes payés pour faire, ce que vous vous êtes engagés à faire. Je suis en Haïti par choix et j’ai un rêve pour Haïti et pour les Haïtiens. Je rêve de bien-être et de dignité pour tous.
En Haïti, je suis une victime. Victime de mon honnêteté, de mon sérieux, de ma sagesse, de mon sens élevé de l’empathie et du respect des autres. Parce que la société n’honore pas ces valeurs et promeut plutôt le contraire.
Mesdames , messieurs du CPT et du gouvernement, vous avez tout pour travailler. Vous avez tout le budget qu’il faut, pour recruter les meilleurs spécialistes et acheter les matériels et équipements nécessaires pour trouver les voies et moyens pour mettre fin à cette terreur folle et déshumanisante. Et de plus, personne ne vous a forcé à occuper vos postes. Vous y êtes venus de votre plein gré en pleine connaissance des besoins, des enjeux et défis. Vous n’avez pas à mon avis de prétexte valable pour justifier votre cuisant échec. Si c’est le cas, déballez ce que vous savez qui nourrit cette terreur et qui pourrit la vie de plusieurs millions d’entre nous au pays et à l’étranger.
Vous êtes 9 et vous représentez une certaine élite. Un ingénieur ancien sénateur et ancien président de l’Assemblée Nationale, un architecte ancien ministre par 2 fois, ancien chef de cabinet d’un président de la république et ancien membre du conseil de direction de la faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti, un économiste et ancien gouverneur de banque centrale et doyen d’une faculté de sciences économiques, sociales et politiques, un médecin et ancien sénateur, un juge, un diplomate et ancien prêtre, une agronome, un manager, entrepreneur et ancien président de chambre de commerce, et un pasteur sont rassemblés et cela donne un bilan plus désastreux que celui de Jovenel Moïse et d’Ariel Henry. C’est la honte de toute une nation ! Vous ne vous en rendez compte peut-être pas mais votre échec n’est pas que votre échec. Elle rejaillit sur l’ensemble de ceux qui peuvent être étiquetés d’appartenir à une certaine élite. Pire, par votre calamiteuse gouvernance, vous êtes en train de laisser croire que les Haïtiens de cette génération ne sont que des jouisseurs, des irresponsables et des incapables indignes des fondateurs de la nation. Et votre échec fait le malheur d’une dizaine de millions de personnes.
Fritz Jean, on s’est connu à la Faculté des Sciences Économiques, Sociales et Politiques de l’Université Notre Dame d’Haïti. On se parlait, on s’appréciait. Je t’ai souvent entendu parler dans les médias et j’ai un de tes livres. Tu es suffisamment imbu de la situation. Toi, qui parlais de rupture, comment se fait-il que tu acceptes la continuité? Laurent Saint-Cyr, le jeune étudiant brillant que j’ai eu à mon cours de marketing à l’Université Quisqueya et le gentleman que tu as toujours paru à mes yeux ne devrait pas, à mon sens, être solidaire de la gabegie, du manque d’éthique et de responsabilité qui caractérise le CPT; une institution qui nage dans les scandales à répétition et qui n’inspire aucune confiance. Et il est terriblement difficile de gouverner efficacement surtout dans des moments aussi difficiles sans la confiance des gouvernés.
La situation que vivent les populations de Port-au-Prince, des communes environnantes et d’autres de l’Artibonite dépasse l’imaginaire. D’un côté, je vois une population en détresse, aux abois qu’on tue sans raison évidente, qu’on chasse de ses quartiers, qu’on terrasse et pourchasse, qui perd sa capacité à vivre. D’un autre côté, je vois 9 membres d’un conseil présidentiel qui se la coulent douce et évoluent dans une indécente opulence et indifférence par rapport à l’agonie de cette population qui l’entretient grassement. Le contraste de ces 2 mondes ne peut rien apporter de bien. Et pendant que nous sommes en plein choc et pas encore à la fin du choc qui de toute façon ne sera pas une partie de plaisir, il faut envisager les drames de l’après choc sur les plans économiques, sociaux, sanitaires etc.
Je n’ai jamais cru en la formule CPT. Avant même sa constitution, j’avais publiquement avancé mes craintes et mon désaccord. Dès votre investiture, les signaux de mauvaise foi de certains étaient donnés. Mais vous avez été imposés. Et malgré le scandale BNC qui éclabousse 3 membres et le scandale du partage du budget d’intelligence de la Présidence qui vous éclabousse tous, vous êtes là à nous défier. La solidarité dans le mal s’est faite. Le pouvoir vous va bien. Mais, que donnez-vous en retour ?
Du temps où j’étais étudiant et membre de l’équipe de la revue des étudiants de l’Inaghei ( Inaghei-Actuel), nous avions pour devise “ Savoir pour servir”. Je suis toujours imprégné de cette devise. Et un texte intitulé “Ni l’éloge, ni le silence” paru dans le numéro de novembre-décembre 1989 sied bien en la circonstance. La rédaction de la revue dans une mise au point disait : “Aujourd’hui et demain, nous voulons être fiers d’avoir été étudiants de l’INAGHEI” et pour cela elle estimait qu’elle était obligée de dénoncer l’incurie. “ Le temps du silence est passé et celui de l’éloge n’est pas encore venu ( malheureusement)” poursuivait le texte qui dénonçait l’attitude consistant à: “ ne rien faire pour concrétiser et hâter le changement; percevoir sagement son salaire en attendant la fin de la sacro-sainte et combien bénie crise qui explique tout”. Mesdames, messieurs du CPT et du gouvernement, je vous observe et je trouve que vous êtes dans la même posture de maintenir le statu quo qui vous nourrit. La mission n’est pas facile mais elle est simple. La priorité c’est de mettre les criminels de toutes catégories hors d’état de nuire, c’est de permettre aux populations déplacées de revenir dans leurs quartiers, de récupérer leurs habitats, c’est de libérer les routes de l’emprise des groupes armés, permettre la libre circulation des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire, bref permettre à la population de recommencer à vivre.
Aujourd’hui, et demain, je veux être fier d’être Haïtien et de contribuer au bien-être et à la dignité de mes frères et sœurs en la patrie. Et pour cela, je ne peux garder le silence et observer sans réaction les tourments qui leur sont infligés et qui me sont infligés. Vous aussi, recherchez la fierté soit en luttant avec acharnement soit en partant.
Je n’ai pas besoin de dire plus pour le moment. Si vous connaissez le mot dignité, vous saurez quoi faire. Si vous ne voulez pas entendre ma voix, celle de la sagesse, vous entendrez tôt ou tard d’autres moins sages ou tout simplement contraires.
Claude-Bernard CELESTIN
26 mars 2025