Les situations du Peuple Haïtien n’ont jamais été faciles après l’indépendance. Les luttes et crimes pour le pouvoir, la guerre civile, les crises sociopolitiques et économiques, le chômage, la misère et l’incapacité de la jeune nation à assurer un climat sécuritaire pour les filles et fils du pays; et la convoitise des grandes puissances étrangères sont autant de faits qui vont ouvrir la porte du prétexte diplomatique et politique au gouvernement américaine à l’aube du centenaire de l’indépendance.
« Soulignons que l’expansionnisme américain ne cessait de se manifester partout en Amérique latine et surtout en Amérique centrale et dans la Caraïbe.
Avec la construction du canal de Panama, le contrôle militaire de la région devenait une très grande obsession pour les dirigeants américains. En 1907, les Américains prenaient le contrôle des douanes de la République dominicaine ; en 1909, c’était le tour du Honduras ; en 1912, leur seconde intervention se transformait en occupation militaire au Nicaragua (1912-1924) ; en 1914, les marines foulèrent le sol du Mexique, en débarquant à Veracruz ; en 1915, ce fut l’occupation d’Haïti, suivie de celle de la République dominicaine en 1916. Ces faits tendent à prouver qu’à cette époque il y avait un plan général des États-Unis d’Amérique visant à s’assurer du contrôle stratégique de la Caraïbe et de l’Amérique centrale », cité dans les Presses de l’Université de Montréal.
Quelles sont les retombées de l’Occupation Américaine ?
L’exode rural
D’après M. Séjourné, Inspecteur Général des Douanes, plus de 300.000 Haïtiens abandonnèrent le pays durant les 19 ans de l’occupation et aucun ne revint à sa terre natale. L’émigration clandestine représentait entre le tiers et la moitié de l’émigration légale. Ainsi, une moyenne annuelle de 30 ou 40 mille adultes allaient à Cuba en quête de travail.
La finance haïtienne
Le contrôle des douanes avait précédé l’occupation militaire du territoire haïtien et l’appareil de domination financière avait été instauré immédiatement après le débarquement.
En juillet 1920, à la suite d’un conflit entre officiers nord-américains et haïtiens, une clause provisoire fut insérée dans le traité du septembre 1915; elle accordait au chef des forces d’occupation le droit de veto sur les lois haïtiennes. Cette nouvelle disposition transmettait la gestion des finances au Conseiller Financier, qui secondait le chef des forces d’occupation en tant que spécialiste des questions financières.
Les forces de résistance
Une semaine après, le 6 août, une forte tension naquit entre les marines et les cacos, lorsque Caperton ordonna l’évacuation de la capitale par ces derniers qui échangèrent des coups de feu avec les forces américaines. Les forces d’occupation prirent des mesures pour briser toute résistance : désarmement de la population civile, loi martiale sur tout le territoire national et installation de tribunaux militaires dans les principales villes », Suzy Castor, l’occupation américaine d’Haïti, (1988).
La force Kényane, va-t-elle insuffler un sang neuf à la première nation des Nègres libres 109 ans après l’occupation américaine ?
Alors que la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité en Haïti a foulé la terre sacrée de la reine Anacaona avec pour objectif de maintenir l’ordre, la sécurité et déblayer les voies du changement, troupe que le peuple attendait avec impatience comme l’arrivée du sauveur « Men l anlè a, l ap vini », les gangs armés continuent de semer la pagaille dans la capitale et certaines zones sont toujours sous leur contrôle.
Cependant, quelques jours après le débarquement de la première troupe de la force Kényane, les soldats sillonnaient certains quartiers de la capitale et la Police Haïtienne garde encore plus de confiance en ses capacités d’intervention pour restaurer un climat de sécurité où la population pourrait vaquer librement à ses occupations. Cependant, l’atmosphère sereine qu’attend la nation n’est pas pour aujourd’hui.
Bien que le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, se prononce positivement sur l’arrivée, à Port-au-Prince, de la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité pour appuyer la Police Nationale Haïtienne, son porte-parole, Stéphane Dujarric, appelle tous les Etats Membres à veiller à ce que la mission reçoive le soutien financier dont elle a bien pour mener à bien son mandat.
Partant du principe de cause à effet, les mêmes faits produisent toujours les mêmes conséquences, peut-on attendre au pire pensant à toutes les retombées de l’Occupation Américaine 1915-1934 ou à un retour à la maison après cette migration massive tant à l’interne qu’à l’externe ?
Beaucoup de personnes de la capitale sont obligées d’abandonner leur maison pour se rendre dans les villes de province par peur d’être tuées, violées, kidnappées…des maisons vidées de leurs propriétaires, des institutions publiques pillées et brûlées, fuite de cerveau, marginalisation des valeurs, déséquilibre mentale, blessure cognitive et cicatrice psychique telles sont les conséquences des groupes armés sur la population haïtienne. Ne sachant à quel saint se vouer, tous les haïtiens sont obligés de surfer chaque jour sur l’internet en quête d’information nouvelle sur les opérations policières et la force Kényane.
Enfin, on rêve tous de pouvoir circuler librement des villes de province vers la capitale. Mais il semble que le « Bon Dieu entende tous les cris et il se bouche les oreilles » comme Jacques Roumain l’a mentionné dans son fameux ouvrage, « Gouverneurs de la rosée ».
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