Les transferts de la diaspora représentent une bouffée d’oxygène pour l’économie haïtienne qui s’est trouvée de plus en plus en grande difficulté. « Ils sont désormais, de loin, la principale source de devises du pays, soit 3,6 fois la valeur des exportations, 10 fois celle des flux d’aide au développement et 37 fois le montant des investissements directs étrangers. », estiment Dudley Augustin et Carl-Henri Prophète dans un article qu’ils ont publié conjointement dans le Cahier de recherche de la Banque de la République d’Haïti (BRH) paru au cours du mois d’avril 2024.
Leur article intitulé « Transferts de la diaspora et taux de change réel : le cas d’Haïti » est le deuxième titre du sixième numéro du Cahier de recherche de la BRH. Ce numéro, comme d’habitude, a été rédigé par plusieurs autres auteurs. Quant à l’analyse de M. Augustin et de M. Prophète, ils ont utilisé un ensemble de variables macro-économiques allant de 1985 à 2018.
À préciser que les points de vue et les conclusions qu’ils ont dégagés dans cet article ne reflètent pas l’opinion de la BRH. Pour ne pas confondre le taux de change réel avec celui nominal, M. Augustin et M. Prophète nous ont rappelé que le taux de change réel est supposé refléter le prix relatif des biens échangeables par rapport aux biens non-échangeables.
Par ailleurs, ils ont noté que cet indicateur est obtenu en utilisant le taux de change nominal € côté au certain (quantité de devises étrangères pour une gourde), ajusté par la différence en termes de prix relatifs entre Haïti et ses principaux partenaires commerciaux.
Si les envois de fonds des migrants sont de plus en plus cités pour leur effet positif sur la consommation des ménages et les résultats en termes de développement humain, les auteurs de ce papier ont attiré notre attention sur leurs impacts négatifs non désirés. À partir d’un modèle à correction d’erreur, ils ont montré que ces derniers contribuent significativement à l’appréciation du taux de change réel d’Haïti à long terme, alors que cette relation n’est pas significative à court terme.
Parlant d’appréciation de notre taux de change réel c’est dire que les biens produits en Haïti seront moins compétitifs sur le marché international. Pour être plus clair, les auteurs de ce texte nous ont alerté sur une possible « maladie hollandaise » que pourrait provoquer l’importance grandissante de ces transferts sur notre économie.
Dans le cas d’Haïti, le concept de « maladie hollandaise » traduit qu’un afflux important de devises dans notre économie va conduire à l’appréciation de la gourde qui, elle-même, va rendre nos exportations plus chères qu’auparavant. Cette cherté de nos exportations va, à son tour, diminuer le niveau de compétitivité de nos biens échangeables avec les produits importés.
À travers cette étude, nous voyons tout le dilemme qui existe dans les envois de fonds des migrants. En effet, à court terme, ils sont très bénéfiques pour notre économie. Car, en plus de subvenir aux besoins de nombreuses familles, ils aident par ailleurs à diminuer et à stabiliser le taux de change nominal.
À rappeler que, avec un taux de change nominal plus faible et plus stable, le taux d’inflation sera également baissé. Cependant, à long terme, l’importance grandissante de ce flux financier risque d’être désavantageuse pour notre économie du fait qu’elle va compromettre la compétitivité de nos produits sur le marché international.
Par Jonathan GÉDÉON
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