En Haïti, on a toujours tendance à négliger, voire ignorer des faits ou des dossiers importants, même si cela peut coûter la vie d’une personne.
Cette négligence ou ignorance est constatée même dans des domaines purement techniques et scientifiques dont la médecine et la justice.
En effet, depuis plusieurs années Haïti fait face à une carence de médecins légistes. Jusqu’en 2020, le pays ne comptait que deux (2) médecins légistes pour une population d’environ 11 millions d’habitants, selon le dernier recensement de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), daté de 2003.
Alors que cette science est cruciale pour le système judiciaire, surtout grâce aux autopsies et aux constats légaux, des détails supplémentaires sur la distance du tir, à titre d’exemple, pourraient être révélés dans le cadre d’une enquête.
À un moment où la décentralisation et la déconcentration ne sont pas encore effectives en Haïti, on se pose la question, comment procède le personnel judiciaire pour faire ce travail si rigoureux?
Pourtant, les agents de police, les juges de paix, entre autres, font face souvent à des scènes de crime, notamment dans les milieux les plus reculés du pays.
« La méthode de trois « Rèl » ou en français trois appels, un procédé peu efficace
Contacté par la rédaction de Le Concret Info, un juge de paix, évoluant dans le système judiciaire d’une ville de province, qui requiert l’anonymat, a dévoilé ladite méthode.
Parfois, lorsqu’on arrive sur des cas de morts suspects, nous procédons à l’appel nominal de la victime, en citant son prénom trois (3) fois, si la personne ne répond pas, souvent nous ordonnons la levée du corps vers une morgue.
Cette pratique est très critiquée par plusieurs citoyens interrogés par Le Concret Info.
J’ai failli perdre l’une de mes sœurs. Elle était impliquée dans un accident de la circulation où elle a été probablement inconsciente. Une fois arrivé sur les lieux, le juge de paix, ayant constaté les différentes victimes, a eu à compter ma sœur parmi les personnes mortes, a expliqué Darline.
Jocelyn, après avoir bu d’une dizaine de bouteilles de bières et quelques verres de rhum, en milieu de journée tombait dans le coma pendant plusieurs heures dans un bar-resto. Paniqué, le responsable de l’entreprise, en pensant que son client a rendu l’âme, avait fait appel à un juge de paix. Ce dernier n’avait pas pris trop de temps pour mettre en pratique sa fameuse méthode » 3 Rèl », puis avait ordonné la levée du corps.
Aujourd’hui, j’ai la vie sauve grâce à la persistance d’une demoiselle qui avait utilisé une aiguille en piquant la plante de mes pieds, a fait savoir Jocelyn, précisant que l’ambulance était même sur le point d’arriver.
Réagissant sur un média de Port-au-Prince, sur la problématique de la médecine légale dans le pays, Jean Armel Demorcy est l’un des deux seuls médecins légistes du pays qui dirigent l’Institut médico-légal, a fait savoir que seulement 1/3 de morts suspectes ou violentes au cours d’une année ont subi une autopsie.
Ils sont nombreux, les étudiants qui quittent chaque année les portes de l’université après avoir bouclé leurs études en médecine (FMP), notamment dans l’université d’État d’Haïti (UEH). Pourtant, cette carence de médecins légistes est réellement constatée. Entretemps, des gens continuent à être victimes de la faiblesse de nos dirigeants et l’absence de rapports scientifiques continue à causer de préjudice à plus d’un.
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